
Biobble n h-124
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Guitariste américain
& Chanteur de blues
Born on 8/5/1911
at Hazlehurst (Mississipi) (United States)
Deceased on 16/8/1938
at Greenwood (United States)
Author
Dominique Ferron
Date created 11/3/2008
Last updated on 4/4/2008
1ere partie
Bien qu'il soit loin d'être un travailleur acharné, le petit-fils d'esclaves Robert Johnson cherche d'abord son identité dans un monde de labeur, au coeur des plantations. L'attirance pour la musique se manifeste dès son enfance, comme une flamme intérieure chargée d'exorciser ses premiers démons, à commencer par celui de ne pas trouver de père, de ne jamais se sentir vraiment chez lui.
Une errance affective qu'il veut fuir en se mariant très jeune, pour se construire autour de son propre univers familial. Quand Virginia meurt, le désespoir qui en découle se conforte dans la certitude d'être maudit depuis sa naissance, et cet accouchement macabre est là pour le rappeler une fois encore: tout ce qu'il pourra entreprendre en tant qu'homme vertueux, qui cherche la stabilité, est destiné à partir en fumées. Johnson aurait pu alors se tourner vers le gospel et la religion, mais il est déjà "trop tard", les slides du tempétueux "bluesman aux colts" Charley Patton ont marqué son âme au fer rouge.
A cette époque, la communauté noire est divisée en deux. D'un côté le spiritual chaloupé des prêcheurs, de l'autre les chants désespérés et rocailleux entonnés au coin des rues par ces hommes de l'errance. Ces derniers ont apaisé l'âme de Johnson lors de ses fugues de la plantation, et c'est naturellement vers eux qu'il se retournera pour fondre dans leur musique la foudroyante désespérance de voir sa route "barrée". L'expression de cette malédiction ("barrée/barred") naît dans le Hoodoo, qui lui-même provient du Vaudouisme. Lors de leur déportation vers les Amériques, les esclaves africains ont fait voyager leurs "Loa", ces esprits vénérés par les différentes tribus allant du Bénin au Nigeri*.
La base de cette croyance polythéiste reposant sur l'assimilation régulière de nouveaux Loa dans son panthéon, a facilité l’intégration de référents de la religion catholique ou protestante.
La vierge Marie entre autres, s'est donc vue en faire partie lorsque les esclaves africains ont débarqué à Haïti, puis à La Nouvelle Orléans à la suite d'une révolte.
Le Hoodoo est une déclinaison magique des pratiques vaudous. Il se pratique davantage dans la communauté rurale du Delta du Mississippi, et vénère les mêmes Loa "fondateurs".
Damballah est le dieu serpent, Erzulie, la "maîtresse de l'amour", Agwe, l'esprit de l'eau, Ogoun badagaris, le plus dangereux, est le dieu de la destruction, et Legba... le dieu des carrefours...
Magie blanche ou noire, la pratique du Hoodoo peut ainsi faire autant le bien que le mal. Le "Mojo", est le support physique de l'invocation de l'esprit. Tantôt amulette, tantôt mélange d'herbes magiques (souvent des orchidées rares) glissées dans un petit sac de flanelle rouge: le "Conjure-Bag". Cette "main mojo" est portée par celui qui en attend des bénéfices, ou est répandue sous forme de liquide dans les endroits que fréquente la "victime".
Quand les intentions sont négatives, on parle de "Jinxing", qui est l'expression du mauvais sort, du sortilège, de la malchance. Il empêche d'avancer en semant des obstacles sur la destinée, éloigne de l'amour, faut perdre l'appétit, peut attenter à la vie.
C'est là le coeur de l'oeuvre de Robert Johnson, qui fera apparaître ces manifestations du "Jinx" dans de nombreuses compositions. "Stones in my Passway" (des "Cailloux sur mon Chemin") en est la plus représentative illustration:
“ I got stones in my passway
And all my roads seem dark at night
I got stones in my passway
And all my roads seem dark at night
I have pains in my heart
They have taken my appetite
I have a bird to whistle
And I have a bird to sing
I have a bird to whistle
And I have a bird to sing
I have a woman that I'm lovin
But she don't mean a thing
My enemies have betrayed me
Have overtaken poor Bob at last
My enemies have betrayed me
Have overtaken poor Bob at last
And there's one thing certainly
They have stoned all in my pass
You laid a passway for me
Now what are you trying to do
I'm crying please
Please let us be friends
And when you hear me howlin in my passway rider
Ple-ease open your door and let me in
I got three legs to truck home
Boys please don't block my road
I got three legs to truck home
Boys please don't block my road
I've been feelin ashamed about my rider
Babe, I'm booked and I got to go"
L'errance physique est comme jalonnée de signes de cette malédiction. Cette force invisible qui empêche de s'épanouir, d'avancer, d'entrer quelque part, prend forme dans des cailloux posés en travers de sa route, dans le "rider" (un corps chevauché par le Loa) malveillant, dans une femme qui ne le comprend pas, dans la guigne qui empêche d’avancer...
Quant à cette évocation de lui-même à la troisième personne ("poor Bob"), elle semble être un refuge, une halte, qu’un autre « Devil » accorde au musicien pour se détacher, le temps de quelques mesures, de sa condition d'homme damné.
Une relation étroite et mystique avec l'au-delà qui confère au bluesman une aura ambigüe, à la fois crainte et admirée...
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