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Anne de Commines

Biobble n 2005-3223
2312
visits

Ecrivain
Poète

38-40 rue Vaugelas
75015 - Paris - France
Born on 31/1/1966
at Bourges (France)
01 45 33 79 66
Contact e-mail
annalogue.podemus.com

Author
anne de commines

Date created 3/11/2006
Last updated on 24/11/2006



ENTRETIEN AVEC ANNE de COMMINES (partie 2)



À propos du travail d'écrivain

B. : Que diriez-vous de la place de l’écrit dans nos sociétés actuelles ?
AC : Tout dépend de la société. Il existe encore des sociétés spécifiquement orales, puis il y a des nuances probantes entre pays industrialisés en pays en voie de développement, enfin les continents asiatique et africain ne développent certainement pas le même rapport à l’écrit que nous. La place des sons, de la phonétique est beaucoup plus dominante qu’en Europe, les idéogrammes ne conditionnent pas non plus la même relation à l’espace que nous etc.

Si nous restons sous nos climats, j’aurais tendance à regretter cet élan ascensionnel vers l’image qui déplace le rôle de l’écrit. Jusque dans les années 60-70, il y avait un goût très français pour la langue. Le cinéma d’Audiard en est un excellent exemple et notre littérature non seulement peut s’enorgueillir d’un Mallarmé mais foisonne de gens d’esprit. Notre héritage greco-romain était encore très présent. La saveur des mots, l’aptitude à les employer avec dextérité…, les vocables étaient encore légistes de l’entendement. Mais, la déportation vers l’image a déplacé l’écrit vers la syllabe et la captation. L’image nous happe tandis que l’écrit exige un effort, une disponibilité s’il s’agit d’une formulation sensible ou dialecticienne. L’image par ailleurs symbolise, synthétise alors que l’écrit explique – l’une s’adresse à nos émotions l’autre à notre raison. L’aspect justement réconfortant de ce mouvement sociologique concerne le rapport du corps. Nous voyons, parce que nous sentons ce que le corps nous rapporte. Nous sommes donc passés du rapport au corps au rapport du corps.

En revanche, l’emploi de l’écrit syllabique, phonétique nous perd dans le sens qu’on souhaite donner aux choses que l’on nomme. Internet, textos – mediums rapides pour gens qui n’ont pas le temps – resymbolisent les choses par des alphabets escamotés. Ils ne les décrivent pas, ne les expliquent pas non plus mais les imagent, les imaginent, les désignent par des sortes de symboles qui les récapitulent.

Donc l’écrit exige une respiration, une disponibilité qui a tendance à se perdre. Ceci dit, si notre société moderne d’informations active les medias, zappe et produit de l’oubli instantané, elle n’a jamais autant fabriqué de mémoire. L’écrit se retrouve peut-être à cet endroit. La place du récit, du rappel des choses par leur nom croît et restitue le temps qui nous manque. Lorsque je propose aux entreprises d’écrire avec elles, c’est bien pour leur permettre de s’arrêter, de faire un point. Mon écriture les invite à s’entendre parler et le mot, à ce moment là engage, il signe à nouveau un contrat qui lie les êtres.

B. : Dissociez-vous votre art poétique et votre profession ?
AC : Oui et non… Oui, car ma poésie est un exercice transcendant, un état d’inspiration au sens étymologique du terme, c’est une familiarité avec le cosmos. Cependant je ne les dissocie pas tout à fait. En entreprise, j’écris beaucoup entre les lignes et restitue en chacun la question qu’il pose et se pose. Il y a tout de même une filiation sensible dans les deux aspects de mon travail.

B. : Quels sont vos auteurs de référence ?
AC : J’ai deux maîtres avant tout : Rilke et Saint-John Perse et 5 socles : Shakespeare, Saint Jean de la Croix, Mallarmé, Jabès et Saint-Exupéry. Rilke est d’abord ce quêteur du Solitaire de nous-mêmes, il tremble à la moindre vrille de lumière, s’inquiète de cette immensité au sein de nos petitesses et la veille constamment. Saint - John Perse est aux antipodes, il incarne le haut Verbe sur la houle des vastes vœux de ce monde. Il écrit aux points d’orgueil de la terre, en fait le théâtre géant des mythes où doit s’exercer le Parole pythique. Il redonne finalement aux mythologies leur signification première : parole vraie. Mais, tous ont en commun cette lecture de l’invisible, cette propension au sacré. Leurs mots sont des demeures, des temples devant lesquels on s’incline, en lesquels on entre progressivement, selon l’angle de la lumière qui nous est donné à cet instant. Je voudrais également citer Paul Valéry, dont j’admire infiniment la concision. Il frappe d’indicible, le circonscrit dans des substances.

B. : Quels conseils donneriez-vous aux gens qui veulent écrire aujourd’hui ?
AC : Votre question est complexe car il y a toutes espèces d’écrivains et de poètes. Je dirais « écoutez en vous la voix qui vous lit et qui vous lie » et je redonnerais humblement les conseils de Rilke dans Lettres à un jeune poète : «dépouillez-vous des regards extérieur,s visitez-vous dans la plus imparfaite des solitudes et relisez vos vers comme s’ils n’étaient pas de vous. » L’écriture est une respiration, elle demeure à écouter, à capter, à doser puis, tard, très tard en soi vient le souffle comme une maturation, une maturité de nos grèves inédites.



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