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Peintre et sculpteur
Born on 12/7/1884
at Livourne (Italy)
Deceased on 24/1/1920
at Paris (France)
Author
Julie Masmejean
Date created 20/2/2007
Last updated on 8/3/2007
Les nus de Modigliani
Amadeo Modigliani. Vague écho d'un peintre dont les souvenirs évoquent surtout des portraits atypiques ne correspondant pas vraiment à l’influence du 20 siècle.
Lorsque Modigliani s'installe à Paris au début des années 1900, la vie culturelle et artistique est en pleine effervescence. Fauvisme, expressionisme, cubisme.
C’est pourtant tout naturellement que ses portraits vont prendre un style inclassable, ne répondant pas aux diverses polémiques et filiations artistiques.
Traits fins, continus, cous allongés et flexibles, yeux en amande, noirs ou bleus, mais toujours vides de pupilles.
Ses portraits intriguent, plaisent ou effraient.
Souvent immobiles, comme figés, les sourires sont rares.
Beauté presque abstraite, et toujours vue de face, les visages vont gagner en sensualité dès qu’ils deviendront ceux de femmes nues, posant sous l’œil de Modigliani.
Une certaine mélancolie, ou un air affiché de provocation. Différents visages pour différents corps et différentes poses. Mais tout semble coordonné.
Peu importe que les modèles soient absents, dédaigneux, attirants, que les corps soient étendus ou assis, le décor lui reste toujours simple, épuré, les couleurs sombres, comme pour attirer le regard sur l’unique sujet de la toile.
Au niveau technique, Modigliani crée une différence majeure avec ses portraits qui offraient des corps sans reliefs, qui ne disaient pas l’homme ou la femme.
Ici, la création du nu devient jeu de courbes, de plis, entre le galbe des cuisses et des seins.
Ses nus ont fait beaucoup de bruit à l’époque (galerie fermée, condamnation pour outrage à la pudeur, indignation et soutien d'artistes), et aujourd’hui encore, face à des critiques qui ne s’entendent pas.
Certains louent la sensualité, l’appel aux sens qu’évoquent ces nus, tandis que d’autres n’y voient que la quête, le symbole de la rédemption d’un artiste maudit qui sentait la fin approcher.
Il faut néanmoins admettre le réalisme sublime de ses toiles qui magnifie les femmes choisies.
La position des corps, les mains, le visage, tout est mis en œuvre pour contribuer à conférer l’émotion recherchée.
Le critique et amateur d’art Giovanni Scheiwiller, est sans doute l'un de ceux qui en a le mieu parlé :
« Œuvres d’une musicalité apaisée (…) on ne connaît pas de nus qui, comme ceux de Modigliani, puissent témoigner d’une parfaite communion spirituelle entre le peintre et la créature (…) comme le mystique s’humilie devant le Mystère, ainsi Modigliani divinise la femme (…) sa touche nous révèle toute la douloureuse fragilité de l’être ».
Si on devait définir les nus de Modigliani par un trait spécifique, lui qui se défendait d’appartenir à un quelconque courant, on pourrait justement dire qu’il fût le seul à avoir fait des nus sans théorie.
On reconnaît les nus de Rubens, de Gauguin, de Renoir, de tant d’autres, alors que chez Modigliani, seul le visage peut trahir.
Car les corps dessinés ou peints ne sont qu’illustration du corps de toutes les femmes, des sentiments les plus complexes, intimes ou avoués que la nudité peut susciter.
La femme n’est ni mère, ni amante.
Il n’y a pas de nu chaste ou provocant, tout simplement parce que les nus de Modigliani ne disent pas « voici une femme nue », ils offrent simplement à regarder ce qu’est la femme.
Et à Modigliani qui s’interrogeait souvent sur l’intérêt de peindre après les grands maîtres auxquels il succédait, Francis Carco, critique d’art et ami lui aurait répondu :
« Un souffle s’exhale de tes nus, le souffle même de la vie ».