Biobble n h-124
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Guitariste américain
& Chanteur de blues
Né 8/5/1911
à Hazlehurst (Mississipi) (États-Unis)
Décédé 16/8/1938
à Greenwood (États-Unis)
Rédacteur
Dominique Ferron
Crée le 11/3/2008
Dernière modification le 4/4/2008
Interview vide
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REPERES HISTORIQUES
Premier vol d'un hydravion |
1910 Delta du Mississippi, petite ville d’Hazlehurst. Charles Dodds blesse le fils d’une riche famille de blancs, les Marchetti, et doit se résoudre à l’exil pour éviter le lynchage. Il trouve refuge dans le Tennessee. Pendant ce temps, sa femme, Julia Dodds, mère de dix enfants, rencontre un métayer de passage… |
la Joconde dérobée au Louvre |
8 mai 1911 Date de naissance probable de Robert Leroy Dodds, fruit de cette union illégitime. Il prend le nom de son beau-père. |
Début de la Première Guerre mondiale |
1914 Julia Dodds est elle aussi finalement expulsée par les Marchetti. Elle part avec ses enfants sous le bras retrouver son mari à Memphis. Mais là-bas, elle doit composer avec la nouvelle maîtresse de son mari et leurs deux enfants. Charles Dodds a refait sa vie et se fait désormais appeler Spencer. Robert prend alors l’identité de son beau-père qui ne le supporte pas. Bien que rien ne fasse état de tensions entre les deux femmes, Julia choisit de quitter le foyer en y laissant son garçon, et s’exile près de Robinsonville, dans la petite ville de Commerce, à 60 kilomètres au sud de Memphis. |
Naissance du Dada |
1916 Julia rencontre et épouse Willie « Dusty » Willis en octobre. Aux mêmes moments, Robert est chassé définitivement de la famille Spencer, et part rejoindre sa mère et son nouveau beau-père. |
Nicolas II abdique |
1917 - 1927 Il passe son enfance dans cette communauté cotonnière, scolarisé à l’Indian Creek School de la ville de Commerce. Robert ne se plaît pas à l’école, il préfère travailler sur cette passion naissante : la musique. Il s’essaie à la guimbarde. Quand on détecte chez lui des problèmes de vue, l’opportunité de quitter le collège est trop belle. L’harmonica devient son instrument de prédilection et l’accompagne dans la plantation d’Abbay n’ Leatherman où son beau-père travaille. Le labeur et l’autoritarisme de Dusty ont souvent raison de la patience du jeune homme qui se met à fuguer. Il essaie alors de gagner son pain aux coins des rues, guettant du regard les grands bluesmen de passage. C’est durant cette période qu’il apprend la véritable identité de son père : Noah Johnson. L’adolescent choisira alors de se faire appeler Robert Leroy Johnson. |
1er film sonore |
1927 Seize ans. Il se procure sa première guitare et fabrique un support pour son harmonica afin de pouvoir jouer des deux instruments simultanément. C’est plus spécialement sur le morceau de Leroy Carr’s « How Long-How Long Blues » qu’il se fait les dents, la voix et le toucher… Il rencontre Willie Brown, un musicien qui bénéficie déjà d’une certaine notoriété à Robinsonville. Cet initiateur lui présentera une des légendes du blues du Delta de l’époque : Charley Patton. Ces deux aînés seront sa première source d’inspiration. |
Jeudi noir à Wall Street |
1929 Dans le tempo de cette quête musicale, le jeune homme tombe amoureux de Virginia Travis. Ils se marient en février et vont s’installer avec Carrie la demi-sœur de Robert et son mari Granville, dans une maison située au cœur de la plantation de Kline, à l’est de Robinsonville. Le jeune guitariste met alors en veille ses ardeurs de musicien pour se consacrer à son rôle de mari aimant et attentionné. Un rôle qu’il assume au-delà de l’amour qu’il porte à Virginia, se revendiquant avant tout « homme des terres », travailleur des champs. |
apparition de "Quick et Flupke" |
avril 1930 Cette vie de couple sera de courte durée. Virginia enceinte depuis l’été, meurt lors de l’accouchement. Elle n’a que seize ans. Robert ne s’en remettra jamais vraiment. Il place l’enfant chez un membre de sa famille pour se sentir libre de repartir. Mais cette plaie éveillera en lui le complexe du « jinx » hoodoo, ce sentiment d’être maudit. |
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septembre 1930 Comme pour tenter d’effacer cette blessure, la musique réserve une surprise de taille au jeune veuf qui retrouve son ami Willie Brown de retour du Wisconsin. Là-bas, il enregistrait pour Paramount Records avec Charley Patton et Louise Johnson. Durant ce périple, un certain Son House s’était joint aux festivités, et à la demande de Brown, il décide de venir s’installer à Robinsonville. Pour Robert, cette rencontre sera une révélation. Son House est tout autant un bluesman qu’un prêcheur, et son blues se distille dans ce paradoxe. Impact immédiat sur la sensibilité du jeune musicien. Partout où Son House se produit, très souvent dans l’un des quatre « juke-joints » (cabarets populaires) de Robinsonville et alentours, Robert Johnson est là, dans l’ombre, à écouter, observer, apprendre… |
1ère émission de télévision |
janvier 1931 L’apprentissage aux côtés de Son House et Charley Patton s’avère difficile. Les bluesmen se moquent de lui quand il prend la guitare entre les sets, et le public n’a que faire de ce jeune amateur. Son House lui conseille ironiquement de se concentrer uniquement sur l’harmonica. Vexé, Robert Johnson choisit de quitter Robinsonville pour retourner sur ses terres natales du côté d’Hazlehurst. Il espère y retrouver son vrai père. |
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février 1931 Au lieu de cela, c’est le bluesman Ike Zimmerman qui le prendra sous son aile et deviendra son mentor. A l’image du berceau du Mississippi, Hazlehurst est quelque peu épargnée par la Crise de 1929. Les travaux de construction initiés par la Work Progress Administration font sortir de terre nombre de cabarets, derrière les routes en construction qui traversent les forêts avoisinantes. Les nuits sont animées malgré la Prohibition, et Zimmerman y fait figure de star, se targuant d’avoir appris à jouer le blues dans un cimetière. Robert n’a d’ouïes que pour lui, et tient l’homme éveillé tard la nuit pour se repaître de son jeu. |
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mai 1931 Dans cette atmosphère festive, il rencontre Calleta « Callie » Craft avec qui il se marie. De dix ans son aînée, et mère de deux enfants, il tient à garder cette union secrète, sans doute pour ne pas entacher sa réputation de séducteur. Depuis la mort de Virginia, et durant ses expériences de concerts avec Son House et Zimmerman, Robert a pris pleinement conscience de l’attraction que le bluesman, en tant que personnage, exerce sur les femmes. Plutôt beau garçon, il ne cessera de papillonner entre des conquêtes de tout genre, âge ou condition. La vie avec Callie, qui l’idolâtre et le rejoint parfois dans ses folles nuits, prend donc une toute autre tournure que celle passée dans la plantation de Kline. La musique y tient une place prépondérante et constitue l’unique repère de Johnson. |
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novembre 1931 Quand il n’est pas en scène, Robert part s’isoler dans la forêt avoisinante, pour jouer et rejouer sans cesse les compositions qui apparaissent lentement dans son carnet. Parmi la foule du « samedi-soir-tous-les-soirs », celui qui se fait appeler RL (en hommage à Lonnie Johnson) s’est fait une vraie réputation de bluesman. Ses talents de tap-dancer, le rythme endiablé qu’il imprime à son jeu en frappant les cordes basses et en battant fiévreusement des pieds, sa voix haut perchée, ont fait de ce musicien un personnage aussi atypique qu’incontournable. Il est donc temps pour lui de quitter Hazlehurst et de faire prendre d’autres airs à son jeu si particulier. Il emmène sa nouvelle famille sur les routes du Delta. Mais Callie ne tient pas. Clarcksdale marque la fin de leur union. |
Mise à l'eau du "Normandie" |
1932 Il retourne à Robinsonville, où il a « un compte à régler » avec Son House. Quand il se met à jouer devant le compositeur de « Death Letter», celui-ci n’en croit pas ses oreilles. Le jeune homme s’est transformé. Il domine avec une aisance prodigieuse une technique et un style jamais vus ou entendus auparavant. Sa première impression que deux guitaristes sont en train de jouer sera partagée ensuite par nombre de bluesmen. Quand on demandera à Robert comment il a pu progresser et créer à pareille vitesse, le prodige fera naître sa légende : le Pacte avec le Diable qui se serait mis à jouer sur sa guitare à un carrefour des alentours de Clarcksdale. En ces temps où le vaudou est solidement ancré dans l’âme du blues et plus généralement dans les mœurs de la communauté noire du Delta, Robert Johnson devient le musicien maudit par excellence. |
Einstein se réfugie aux USA |
1933 Il reste quelques mois à Robinsonville, achevant de clouer sur place par son talent et son charisme Willie Brown et Son House. Il en profite aussi pour retrouver sa mère et sa demi-sœur mais comme à l’accoutumée, les choses ne se passent pas bien avec son beau-père. De toutes façons, cette ville, qui reste surtout une communauté de fermiers, a fini par l’ennuyer, il ne se reconnaît plus en elle. Le travailleur des champs a fait place au musicien. Et pour tout bluesman qui se respecte, le voyage est l’unique exutoire. Il part jouer dans le Delta, aux coins d’autres rues, sur les scènes de fortune d’autres juke-joints ou bals… Sa vie sera désormais celle d’un nomade, parsemée de rencontres féminines et musicales, et ne s’arrêtera plus. |
mort de Bonnie and Clyde |
1934 Les confins de l’Arkansas sont la référence musicale régionale. Dans cette région, il pose plus longuement ses valises à Helena, qui deviendra finalement son port d’attache. C’est là que se produisent les plus grands : Elmore James, Peter « Memphis » Slim, Calvin Frazier, Howlin’ Wolf, Johnny Shines et Sonny Boy Williamson II, entre autres… A leurs côtés, Robert continue de forger son style et s’impose définitivement comme une valeur sûre du blues. Il dort plus régulièrement chez l’une de ses maîtresses et admiratrices : Estella Coleman. Conciliante malgré la vie dissolue du musicien, elle l’aide du mieux qu’elle peut. Son fils, un certain Robert Lockwood Jr, boit les paroles et les mélodies de ce beau-père qui ne fera bien souvent que passer. Il s’imprégnera du style « Robert Johnson » et se rebaptisera Robert Jr, en hommage à ce père spirituel. |
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1935 Dans les deltas de l’Arkansas et du Mississippi, les concerts s’enchaînent. Rosedal, Lula, Midnight, Inverness, Greenville, Moorhead, Yazoo City, Jonestown… et bien d’autres lieux encore, sans nom, que la seule présence de Johnson suffit à rendre mystiques, comme des carrefours musicaux hantés par l’âme d’un blues nouveau. Mais pas seulement. Car durant ces nombreuses soirées ou nuits à partager la scène, Robert doit s’adapter et apprendre à jouer tous les styles ou presque : polkas, country, ragtimes, valses, ballades, hillbilly’s songs… avec une facilité qui en déconcerte plus d’un. Son répertoire n’en finit pas de se renouveler. Beaucoup s’étonnent de ses facultés à retranscrire, note pour note, et deux jours plus tard, une chanson qui avait crépité à la radio en même temps qu’il tenait une conversation passionnée. |
Congés payés et semaine de 40 heures |
1936 Johnson est désormais connu et reconnu dans toutes les contrées du Delta et du Tennessee. Depuis quelques mois, il nourrit l’espoir d’enregistrer, comme ses pairs Sun House et Charley Patton, les compositions écrites sur la route et qui ont déjà un succès retentissant. Il veut rejoindre ainsi dans la postérité les maîtres qu’il écoutait sur le phonographe : Lonnie Jonson, Kokomo Arnold, Leroy Carr, Skip James... Il entre en contact avec H.C. Speir qui tient un studio de fortune à Jackson. Cet homme est réputé avoir du flair quand il s’agit de trouver la perle rare qui fera chavirer la communauté noire, et ses choix sont pris très au sérieux par la Paramount. C’est pourtant avec l’American Record Company que se traitera l’affaire, difficilement. Finalement, Ernie Oertle, le découvreur de talents de l’ARC, engage Johnson pour venir enregistrer à San Antonio. |
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novembre 1936 San Antonio, Texas. Gunter Hotel. Robert Johnson est accueilli dans une des chambres reconvertie en studio mobile. L’enregistrement durera trois jours. Le premier titre que Johnson choisit d’enregistrer, « Kind Hearted Woman Blues » est directement inspiré par l’un de ses maîtres, le pianiste Leroy Carr. Il en crée une variation, en l’interprétant sur deux tons de voix différents, donnant ainsi l’impression que deux personnages parlent. Suit « Sweet Home Chicago », une reprise du « Sweet Home Kokomo » de Kokomo Arnold, mais retravaillée là aussi, selon cette technique propre à Johnson, de picking en accords ouverts qui assure dans le même temps une rythmique de basse. D’autres titres suivront, plus personnels, dont celui qui lui assurera un succès radiophonique et lancera sa carrière : « Terraplane Blues ». Peu de temps après, il rendra visite à son père, Noah Johnson, pour lui remettre un des 4000 exemplaires de ce 78 tours. |
Edouard VIII renonce au trône par amour |
janvier 1937 Au départ d’Helena, Johnny Shines, Calvin Frazier et un Robert Johnson en costume trois pièces, remontent la route 51 en direction de Chicago. Auto-stop, train de marchandises, bus, tous les moyens sont bons pour atteindre cette ville idéalisée par les bluesmen. Ils traversent Saint Louis où les rencontres avec les musiciens locaux se multiplient. Ils atteignent l’Illinois et la ville fétiche, avant de s’arrêter à Detroit où Frazier s’installera. Shines et Johnson poursuivent sur la côte est, jouant à New-York où Johnson monte un trio, et au New-Jersey. Là-bas, le bluesman s’éloigne quelque peu de la musique pour laquelle il vit. D’avantage showman, il joue à la demande ce que réclame le public, tous styles confondus. |
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juin 1937 Dallas, Texas. Deuxième session d’enregistrement. C’est là que Robert Johnson va non seulement immortaliser son talent incomparable, mais aussi et surtout donner un souffle nouveau au blues en général. Toujours inspirés par des aînés, ces morceaux sont structurés non plus pour être interchangeables sur le plan des textes, mais bien pour exprimer une dramatique personnelle qui s’appuie sur des métaphores bien précises. La technique musicale qu’ils impliquent suppose avant l’heure l’amplification de la guitare. Ces morceaux, maintes fois repris, constitueront les bases du rock n’ roll. |
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juin 1938 Le musicien accepte un contrat dans un juke-joint de Greenwood, le « Three Forks ». Il quitte une fois encore Helena et fait un crochet par Robinsonville pour saluer sa famille. |
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juillet 1938 A Greenwood il partage la scène avec Honeyboy Edwards. Fidèle à ses habitudes, il entretient des rapports étroits avec une admiratrice, mariée. Elle le rejoint régulièrement dans la journée en prétextant à son mari qu’elle doit rendre visite à sa sœur. Mais ce mari se trouve être le tenancier du « Three Forks ». Il finit par découvrir le subterfuge et, en silence, prépare sa vengeance… |
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août 1938 Un soir, entre deux sets, Robert Johnson engloutit comme à l’accoutumée quelques goulées d’une bouteille de whisky déjà ouverte, faisant fi des mises en garde d’un certain Sonny Boy Williamson, monté sur scène ce soir-là. Quelques instants plus tard, le virtuose ne peut plus ni jouer, ni chanter, ni se tenir debout… il vient d’être empoisonné à la strychnine… |
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16 août 1938 Dans un acte de décès, Robert Johnson est reconnu officiellement mort. Causes: « pas de docteur »… Il est enterré à Morgan City et laisse 29 joyaux musicaux, sculptés dans une fougue encore incomprise. |
Me and the Devil Blues |
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