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User profile

Christian De Neuilly

Biobble n 2008-29
149
visits

France
Born on 1952
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Author
Danièle Lefebvre-Segard

Date created 12/3/2008
Last updated on 17/5/2008

Interview

> Interview guided

Quel est l’événement qui a le plus marqué votre époque (génération) ?
Ma génération? Probablement mai 68, si l'on en croit les médias. Personnellement, c'est le premier pas sur la lune

Quel est votre meilleur souvenir d’enfance ?
Des journées entières passées avec un masque et un tuba à explorer les calanques de Bandol.

Quel est votre message pour les générations futures ?
Je n'ai pas la prétention de pouvoir passer de message aux générations futures. A ma fille, je lui conseille de suivre le chemin dont elle pense qu'il la mènera au bonheur.

Quel est votre « péché mignon » ?
La gourmandise et plus particulièrement les sucreries. J'ai l'impression de passer ma vie à contrôler mon addiction.

Quel jour ou heure de votre vie revivriez-vous volontiers encore une fois ?
La naissance de ma fille et plus particulièrement son grand regard étonné à l'instant de son premier bain (ma fille est née selon la méthode "sans violence" du Doc. LEBOYER).

Quelle grande cause soutenez-vous ou aimeriez-vous soutenir ?
Libérer l'humanité des méfaits de la religion et de toutes les exactions commises sous couvert du nom de Dieu.

Qui auriez-vous rêvé d'être ?
Un explorateur!

Qu’est-ce qui n’existe plus et qui vous manque ?
Mes 30 ans.

Si une bonne fée vous proposait d’exaucer un seul vœu quel serait il ?
D'être heureux (tout le reste -gloire, fortune...- n'est qu'un moyen pour atteindre le bonheur).

Si vous pouviez voyager dans le temps quelle époque, lieu ou événement, aimeriez-vous visiter ?
J'ai conscience de faire partie de la première génération à ne pas subir de guerre. je ne voudrais vivre à aucune autre époque.

Family

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Biography

 HISTORICAL REFERENCE POINTS

US Navy Accepts its first Submarine

1900

Je vais commencer par vous parler de mon grand-père maternel, personnage atypique. Né en Suisse, il est sorti de l’école polytechnique de Zurich pour occuper un poste d’ingénieur dans l’industrie automobile à l’aube de son expansion. Ma grand-mère l’a laissé veuf assez tôt avec quatre enfants, trois filles et un garçon Robert qui mourra en 1944 en déportation. Mon grand-père a très bien réussi dans l’exercice de sa profession: il est venu s’installer à Lyon avec ses enfants dans une villa qu’il leur a très vite abandonnée. Il n’a pas quitté Lyon et il est allé vivre un peu plus loin, exerçant une activité d’indépendant : il s’apparentait à une sorte de « chiffonnier » inventeur d'objets ne fonctionnant jamais. L’image que je garde de lui est celle d’un homme qui nous terrifiait et que nous n’osions affronter.

King George VI Dies, Elizabeth crowned Queen

1952

A présent, c’est à moi de me présenter.
Je m’appelle Christian. Issu d’une famille de colonialistes, j’ai vu le jour au Congo Brazzaville le 10 mars 1952, en pleine période de décolonisation de ce territoire où mon père occupait un poste important dans l’administration du Trésor public. De cet endroit, je n’ai guère de souvenirs : j’avais trois ans quand mes parents ont quitté le Congo pour rentrer en France et c’est à cette époque qu’ils se sont séparés. Même si je revois très régulièrement mon père, je n’ai aucun souvenir de lui au sein du foyer familial.

First Trans- Atlantic Telephone Cable

1956

C’est à partir de cette date que les souvenirs foisonnent dans ma tête. Ma mère, ses trois enfants à ses flancs (Chantal, ma sœur aînée, Hervé mon petit frère et moi-même) a gagné Lyon pour rejoindre dans l’immense villa de mon grand-père, ses autres sœurs : l’aînée Lucienne, mère de deux garçons, Daniel et Didier qui naîtra en 1959, et la cadette Colette, mère de Marie-Annick, de Martine et de Jean-Jacques.
C’est à ce grand-père pourtant absent que je dois mes meilleurs souvenirs d’enfant et d’adolescent. Nous voilà tous réunis, les enfants, les mères et la grand-tante Marguerite que nous avions surnommée Gangan, dans cette immense bâtisse.

Sputnick Launched by Russians

1957

Comment vous retracer cette période marquante de ma vie : mon enfance et mon adolescence dans le troisième arrondissement de cette ancienne capitale des Gaules? Imaginez une fratrie de huit enfants : les grands, nés entre 1949 et 1953 et les petits, de janvier 1956 à 1959.Vous remarquerez que je ne mentionne ni les mots frères et sœurs, ni ceux de cousins et cousines, non ; nous étions simplement les enfants, les grands et les petits, sans aucune autre distinction.
Nous vivions sous le régime du matriarcat. Je m’explique. Les trois mères (Marguerite, la mienne, Lucienne, l’aînée et Colette) assuraient notre éducation, sous l’œil vigilant de notre grand-tante Gangan. Odette, la bonne qui logeait chez nous venait compléter cette galerie de femmes. Et d’ hommes, point.

Explorer I Launched

1958

Une image masculine surgit cependant de ma mémoire: celle mon grand-oncle, le mari de Gangan immobilisé dans son fauteuil et ne disant mot. Une sorte de fantôme, seule présence masculine dans la maison ; gazé de la grande guerre, il est mort quand j’étais encore enfant.
Les femmes donc !
Lucienne, l’aînée des mères, née en 1918 est un personnage qui m’a énormément impressionné ; une femme de cette trempe ne peut qu’intriguer et éveiller la curiosité de l’enfant que j’étais : première femme vétérinaire de l’école de Lyon, elle est devenue ensuite la deuxième femme vétérinaire de France. Par choix, elle ne s’est jamais mariée, ce qui ne la gênait en rien d’être mère, puisqu’elle a eu deux fils avec un homme marié. Ma tante, avant-gardiste (elle faisait partie d’un club « Les sœurs optimistes ») recueille encore aujourd’hui toute mon admiration.

Alaska and Hawaii Admitted to the Union

1959

Odette, la bonne, est quelqu’un que j’admire également beaucoup, par son courage et sa dignité. Violée par son père, elle a donné naissance à un enfant, fruit de cet inceste. Recueillie chez nous, elle aidait les mères dans les tâches quotidiennes de la maison.et participait inconsciemment à notre éducation et notre construction d’adulte
C’est sous l’égide de ces femmes hors du commun que les enfants ont grandi. L’organisation de la vie quotidienne était quasi militaire ; dès le lever, les enfants faisaient leur lit, les grands aidant les petits ; puis ils se dirigeaient vers le « réfectoire », c’est-à-dire la cuisine où trônait l’immense table en bois.

African Countries gain independence

1960

Les tâches étaient réparties selon un rigoureux planning et chacun avait sa part de travail, sans distinction entre garçons et filles, si bien que les garçons ont tout naturellement appris à ranger, nettoyer, épousseter, cuisiner et coudre ; en revanche, le jardinage et le bricolage n’avaient aucun secret pour les filles.
Les mères prenaient leurs repas dans la salle à manger, interdite aux enfants. Le salon, presque toujours fermé n’ouvrait ses portes qu’à Noël ; Les mères dormaient dans les chambres du premier étage, tandis que les enfants avaient un dortoir au second, où Odette la bonne et notre grand-tante Gangan avaient aussi leur chambre.

first American to orbit Earth

1962

Les fêtes tiennent une place importante dans mes souvenirs.
Noël, avec son énorme sapin dressé dans le salon fermé le reste de l’année ! C’est alors qu’il s’illuminait des innombrables lumières du sapin pour nous accueillir Et là, selon les goûts et les capacités de chacun, tour à tour les enfants récitaient un poème, jouaient d’un instrument de musique ou chantaient. Les mères les autorisaient alors à choisir un objet accroché au sapin.
Les spectacles que nous montions pour nos mères, à l’occasion de leur fête ! Des spectacles de marionnettes pendant lesquels les enfants racontaient les histoires qu’ils avaient inventées. Les spectacles donnaient lieu à des petits films dont les mères assuraient le montage et la synchronisation avec la musique de nos disques d’enfants.

President Kennedy Assassinated

1963

Les anniversaires que les mères groupaient en fonction des dates de naissance suivaient un peu le même rituel, mais ils s’accompagnaient des savoureux gâteaux qu’elles avaient confectionnés: sortes de tiramisu, jamais les mêmes dont la saveur dépendait des ingrédients qu’elles y incorporaient.

First Direct Dial Phones

1966 - 1967

Deux événements ont bouleversé cette organisation bien réglée.
Le premier fut la vente de la villa et sa démolition.
A sa place s’est construit un immeuble de 6 étages d’une cinquantaine de logements .Les mères ont acheté chacune un appartement et Tante Lucienne a établi sa clinique vétérinaire au rez-de-chaussée de cet immeuble. Notre fratrie n’était pas décomposée, mais l’organisation était un peu différente ; nous étions chacun chez nous avec notre mère respective. Sans doute moins de vie en commun, même si nous avions conservé la même adresse et si les clés restaient en permanence sur les portes ce qui facilitait le passage d’un appartement à l’autre. Nous retrouvions le bonheur de la vie en communauté lors des week-end ou des vacances passés dans la maison achetée par tante Lucienne dans la campagne lyonnaise.

Che Guevera Killed in Bolivia

1967 - 1968

Le deuxième événement est plus douloureux ; à la suite d’un accident de vélo, je me suis retrouvé plâtré, mais surtout j’ai dû subir le port d’un corset pendant trois longues années. C’était interminable, je me sentais handicapé et avais l’impression de ressembler à un monstre dans ce corset qui m’invalidait. A seize ans, je me sentais loin de mes copains, je ne pouvais plus partager avec eux les plaisirs de la piscine ou du foot ; le seul sport qui m’était autorisé était l’escrime, ce qui éveillait l’intérêt de mon grand-père à mon égard, lui-même ayant pratiqué ce sport. Seize ans, l’âge des premiers émois, se retrouver emprisonné dans un corset !; j’en voulais terriblement au médecin qui me soignait et qui prolongeait sans cesse le port de cette gaine tortionnaire. J’en étais arrivé à ne plus supporter ses sornettes.

first walk on the Moon

1969 - 1972

Période cruelle de ma vie d’adolescent et pourtant c’est à cette époque que j’ai rencontré celle qui deviendra ma femme. Le bonheur que j’éprouvais alors a rendu moins affligeants les évènements qui se sont produits cette année-là : le décès de notre grand-tante Gangan et le départ d’Odette, notre bonne, coparticipante du matriarcat.
Lorsque j’ai fêté mes vingt ans, tous les enfants, grands et petits avaient quitté la villa et s’étaient éparpillés. Une page s’était tournée, et autre étape de ma vie commençait.

Civil War In Lebanon

1975 - 1977

Deux dates essentielles dans ma nouvelle vie : celle de mon mariage en 1975 et celle de la naissance de ma fille en 1977.
Qui suis-je maintenant ?
Mon éducation en matriarcat, sous l’égide de femmes remarquables par leur fermeté et leur esprit d’indépendance a forgé mon caractère : celui de quelqu’un d’entier dont les convictions et les certitudes sont inébranlables. Je ne cherche jamais le compromis, je ne me dérobe pas et j’ai appris à affronter les conflits.
Les occasions nombreuses dans mon enfance où nous étions acteurs, musiciens, poètes, inventeurs de récits ont développé en moi curiosité et esprit créatif

US gives up Panama Canal

1977 - 2008

Cette faculté d’imaginer et de créer, je l’ai transmis à ma fille ; quand elle était enfant, j’inventais des histoires pour elle ou je chantais, accompagné de ma guitare. Elle exerce aujourd’hui une activité qui lui permet d’épanouir son esprit créatif.
Outre la compassion que j’éprouve à l’égard des handicapés, sentiment suscité par mon état d’«invalide» suite à mon accident de bicyclette, je nourris en moi une profonde admiration pour la femme : je suis convaincu qu’elle est supérieure à l’homme par son intelligence, sa force de caractère et son pouvoir de faire face aux situations délicates.
Je vénère les mères qui nous ont élevés car elles ont su concilier fantaisie et légèreté tout en assurant notre éducation avec fermeté, intelligence et courage.
C’est pourquoi je m’affirme encore aujourd’hui comme le pourfendeur du machisme et de la misogynie.

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