Biobble n°2005-3223
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Ecrivain
Poète
38-40 rue Vaugelas
75015 -
Paris -
France
Born on 31/1/1966
at Bourges (France)
01 45 33 79 66
Contact e-mail
annalogue.podemus.com
Author
anne de commines
Date created 3/11/2006
Last updated on 7/5/2009
Anne De Commines has been selected to join the team of Official Biographers for our Biobble VIP services, you can be confident he/she will do his/her best to satisfy your needs.À propos du travail d'écrivain
Biobble : Vous êtes écrivain, pouvez-vous nous parler de ce métier ?
A de Commines : Est-ce un métier ? N’est-ce pas plutôt un état .. ? Je m’interroge.
Je ne pense pas qu’on devienne écrivain, l’écriture nous choisit. Elle
vient nous chercher à l’endroit qui nous pense, nous affecte, nous
émeut. Nous travaillons avec ce qui nous échappe. Nous mettons des mots
là où la plupart des gens ne peuvent formuler. L’écriture nous
recueille et nous déposons des mots dans des livres.
B. : Aujourd’hui vous en vivez. Que pourriez-vous en dire ?
AC : Je réalise effectivement un travail d’écrivain non de journaliste
et je tiens absolument à cette distinction. Je ne m’attarde pas sur le
factuel, je ne le circonscris pas. En entreprise j’écris autour des
propos livrés par les membres de la société. Je relate bien sûr les
dires mais je traduis de nombreux non-dits. La sensibilité des gens,
leurs motivations implicites, ce qui les relie à leurs efforts, la
production de sens … sont autant d’endroits où j’écris sans qu’ils ne
m’en aient réellement parlé.
B : Comment se déroule votre travail ?
AC : Je propose des essais à des sociétés. A partir d’une thématique,
j’ordonne un synopsis où j’articule des angles d’attaque. Puis, à
partir d’archives internes et de documents périphériques à
l’entreprise, j’élabore des catégories de questionnaires en fonction
des cibles à interroger. Je m’entretiens avec l’ensemble des postes
clés et des intervenants extérieurs (de 50 à 150 personnes en moyenne
selon la taille et l’environnement de la maison).
Peu à peu, à l’aide d’une bibliographie volumineuse, j’architecture le
livre. L’essentiel de ce type de travail réside en sa construction.
Rédiger un livre d’entreprise ne consiste pas seulement à décrypter des
enregistrements, encore faut-il suivre et garder le fil conducteur
malgré les digressions fréquentes de ms interlocuteurs. Introduire les
sujets, les contextualiser, achever les chapitres par des
interrogations ouvertes ou des questions de prospective etc. Construire
un sujet en volume est une forme d’édifice.
B. : Vous utilisez souvent le terme « contextualiser « , pouvez-vous préciser ?
AC : Effectivement je tiens à l’employer malgré son aspect ou
scientifique ou flou. Ce mot relève de la sociologie et signifie
inclure dans un contexte. Un livre est intéressant lorsqu’il fond une
démarche dans un sens global. Tous les historiens vous parleront de
l’importance du contexte historique avant d’aborder une question.
Une entreprise se rattache à un contexte sectoriel et appartient à un
type d’économie. Je commence donc par analyser ces dominantes : quelle
position a-t-elle au sein de son domaine, quelles propositions
fait-elle aux équilibres ou aux fluctuations économiques de son pays ou
de ceux en lesquels elle est implantée. Puis, j’étends cet examen à la
société en général et développe un versant plus sociologique. A quels
types de mentalités s’adresse-t-elle, quelles en sont les habitudes de
vie, quels genre de consciences collectives la perçoivent,
l’environnent. Les interrogations de prospective ouvrent nécessairement
à ce type d’analyse. Par exemple comment une mutuelle naturellement
d’aubédience collective s’adapte-t-elle au contexte néo libéral ? Cette
question synthétise à la fois son mouvement d’idées et son action
professionnelle. Je la contextualise.
B. : Que diriez-vous de la place de l’écrit dans nos sociétés actuelles ?
AC : Tout dépend de la société. Il existe encore des sociétés spécifiquement orales, puis il y a des nuances probantes entre pays industrialisés en pays en voie de développement, enfin les continents asiatique et africain ne développent certainement pas le même rapport à l’écrit que nous. La place des sons, de la phonétique est beaucoup plus dominante qu’en Europe, les idéogrammes ne conditionnent pas non plus la même relation à l’espace que nous etc.
Si nous restons sous nos climats, j’aurais tendance à regretter cet élan ascensionnel vers l’image qui déplace le rôle de l’écrit. Jusque dans les années 60-70, il y avait un goût très français pour la langue. Le cinéma d’Audiard en est un excellent exemple et notre littérature non seulement peut s’enorgueillir d’un Mallarmé mais foisonne de gens d’esprit. Notre héritage greco-romain était encore très présent. La saveur des mots, l’aptitude à les employer avec dextérité…, les vocables étaient encore légistes de l’entendement. Mais, la déportation vers l’image a déplacé l’écrit vers la syllabe et la captation. L’image nous happe tandis que l’écrit exige un effort, une disponibilité s’il s’agit d’une formulation sensible ou dialecticienne. L’image par ailleurs symbolise, synthétise alors que l’écrit explique – l’une s’adresse à nos émotions l’autre à notre raison. L’aspect justement réconfortant de ce mouvement sociologique concerne le rapport du corps. Nous voyons, parce que nous sentons ce que le corps nous rapporte. Nous sommes donc passés du rapport au corps au rapport du corps.
En revanche, l’emploi de l’écrit syllabique, phonétique nous perd dans le sens qu’on souhaite donner aux choses que l’on nomme. Internet, textos – mediums rapides pour gens qui n’ont pas le temps – resymbolisent les choses par des alphabets escamotés. Ils ne les décrivent pas, ne les expliquent pas non plus mais les imagent, les imaginent, les désignent par des sortes de symboles qui les récapitulent.
Donc l’écrit exige une respiration, une disponibilité qui a tendance à se perdre. Ceci dit, si notre société moderne d’informations active les medias, zappe et produit de l’oubli instantané, elle n’a jamais autant fabriqué de mémoire. L’écrit se retrouve peut-être à cet endroit. La place du récit, du rappel des choses par leur nom croît et restitue le temps qui nous manque. Lorsque je propose aux entreprises d’écrire avec elles, c’est bien pour leur permettre de s’arrêter, de faire un point. Mon écriture les invite à s’entendre parler et le mot, à ce moment là engage, il signe à nouveau un contrat qui lie les êtres.
B. : Dissociez-vous votre art poétique et votre profession ?
AC : Oui et non… Oui, car ma poésie est un exercice transcendant, un état d’inspiration au sens étymologique du terme, c’est une familiarité avec le cosmos. Cependant je ne les dissocie pas tout à fait. En entreprise, j’écris beaucoup entre les lignes et restitue en chacun la question qu’il pose et se pose. Il y a tout de même une filiation sensible dans les deux aspects de mon travail.
B. : Quels sont vos auteurs de référence ?
AC : J’ai deux maîtres avant tout : Rilke et Saint-John Perse et 5 socles : Shakespeare, Saint Jean de la Croix, Mallarmé, Jabès et Saint-Exupéry. Rilke est d’abord ce quêteur du Solitaire de nous-mêmes, il tremble à la moindre vrille de lumière, s’inquiète de cette immensité au sein de nos petitesses et la veille constamment. Saint - John Perse est aux antipodes, il incarne le haut Verbe sur la houle des vastes vœux de ce monde. Il écrit aux points d’orgueil de la terre, en fait le théâtre géant des mythes où doit s’exercer le Parole pythique. Il redonne finalement aux mythologies leur signification première : parole vraie. Mais, tous ont en commun cette lecture de l’invisible, cette propension au sacré. Leurs mots sont des demeures, des temples devant lesquels on s’incline, en lesquels on entre progressivement, selon l’angle de la lumière qui nous est donné à cet instant. Je voudrais également citer Paul Valéry, dont j’admire infiniment la concision. Il frappe d’indicible, le circonscrit dans des substances.
B. : Quels conseils donneriez-vous aux gens qui veulent écrire aujourd’hui ?
AC : Votre question est complexe car il y a toutes espèces d’écrivains et de poètes. Je dirais « écoutez en vous la voix qui vous lit et qui vous lie » et je redonnerais humblement les conseils de Rilke dans Lettres à un jeune poète : «dépouillez-vous des regards extérieur,s visitez-vous dans la plus imparfaite des solitudes et relisez vos vers comme s’ils n’étaient pas de vous. » L’écriture est une respiration, elle demeure à écouter, à capter, à doser puis, tard, très tard en soi vient le souffle comme une maturation, une maturité de nos grèves inédites.
UN ATELIER D'ÉCRITURE EN BORDURE DE PAGE |
Giuseppe Balsamo ou Joseph Balsamo dit Alessandro, comte de Cagliostro |
Quel est votre meilleur souvenir d’enfance ?
Le jour de ma première leçon de lecture, je me suis rendue compte que je savais déjà lire sans jamais avoir ouvert un livre.
Quelle grande cause soutenez-vous ou aimeriez-vous soutenir ?
Celle des femmes Talibans. Leur condition est le paroxisme de l'injustice, elles incarnent la notion de sous-race telle que nous l'incarnions sous la lus haute antiquité. Les droits de la femme demeurent un vrai combat.
Si une bonne fée vous proposait d’exaucer un seul vœu quel serait il ?
Aller vivre sur la lune. Pouvoir m'y rendre à mes heures, goûter le silence et écrire de la poésie au bord du lac du silence.
Qui auriez-vous rêvé d'être ?
Rainer Maria Rilke ou Lou Andréa Salomé. Le poète écoutait les tremblement de nos fragiles existences et sa compagne était la première femme psychanalyste : défis cruciaux.
Qu’est-ce qui n’existe plus et qui vous manque ?
La vraie chaleur entre les gens, le sens de la fête comme il en existe encore en Orient.